contraltoSouvent oubliée ou négligée, la voix grave des femmes occupe pourtant une place tout à fait particulière et remarquable dans la musique baroque. D’ailleurs, comment  imaginer que tous les compositeurs de cette époque préoccupés par la recherche la plus complète de l’expression des affects humains et de la plus grande théâtralité n’aient pas compris et servi cette voix au jeu si particulier. Certes la confusion historique avec le contre-ténor et l’engouement qui favorisa le timbre masculin plus extérieur et spectaculaire masque encore aujourd’hui son “équivalent” féminin. Équivalent seulement si on parle de tessiture car sur le plan du caractère et des possibilités expressives, la voix de contralto reste totalement spécifique. Depuis son registre d’origine dans la polyphonie de la renaissance, accolée contre le ténor ou contre l’alto, ce timbre servi par une infime proportion des chanteuses couvre en effet les rôles dramatiques les plus éloignés. 

Ce programme au travers de musiques européennes propose un tour d’horizon de ce personnage rare de la musique baroque. Du versant le plus sombre au travestissement le plus bouffon, d’une berceuse hallucinée composée sur un ostinato de deux notes à un air à boire quelque peu cavalier de style galant, les musiques présentées puisent leurs diversités dans ce caractère unique de la voix grave, rare et souvent cachée des femmes.